Les villes de papier : incursion dans le monde d’Emily Dickinson

Une Chambre à soi, c’est ce qu’Emily Dickinson avait, jusqu’à la fin.

«Cette maison-là, personne ne pourrait la lui enlever.»

Grâce à ce livre, j’ai découvert l’univers d’Emily Dickinson, une grande poétesse de la littérature américaine que je vous invite à découvrir.

Livre Les villes de papier de Dominique Fortier | Blogue Une lecture à la fois de Josée Tardif

Une maison à soi

Dominique Fortier explore la vie d’Emily Dickinson : sa jeunesse, son passage au séminaire, les décès de personnes chères, sa sœur, son frère, ses petits papiers où elle griffonne sa poésie… Fortier ponctue ces fragments de la vie d’Emily de ses propres épisodes de vie à Boston, de sa recherche d’une maison de bord de mer et de ses réflexions sur la vie de la poétesse.

Grâce à l’écriture imaginée de Fortier, je m’imagine bien les gestes d’Emily et le décor qui l’entoure. Ses gestes précis lorsqu’elle dépose une fleur entre deux pages d’encyclopédie, lorsqu’elle voit la forêt bouger sous ses yeux, lorsqu’elle glisse de petits poèmes griffonnés dans la poche de son tablier ou lorsqu’elle écosse de petits pois.

«Comme ses plantes, elle aussi a passé l’hiver entre les pages d’un livre.»

La poésie de Dickinson n’a pas été publiée de son vivant, ou si peu — c’était son souhait. Ce livre lui rend un magnifique hommage.

Comme l’autrice le mentionne à la fin du livre, certains passages ont été inventés tandis que d’autres ont été puisés dans les textes d’Emily ou dans les ouvrages à son sujet.

Emily aura vécu dans sa maison toute sa vie ne nourrissant aucun désir d’explorer le monde. Elle me fait penser à Emily Brontë, elle aussi solitaire et préférant rester à la maison ou marcher en nature.

Une vie à soi

Emily est fidèle à sa personnalité et ne semble en aucun cas se laisser influencer par les autres ou les diktats de la société. Au séminaire, elle n’a pas peur de dire qu’elle n’a pas accueilli le Seigneur dans son cœur. Plus tard, elle ne comprend pas que les jeunes filles qu’elle a côtoyées pendant cette période n’aient pas réalisé leurs rêves.

«Pas un instant Emily n’envie les citoyennes respectables qui l’entretiennent de la profession de leur époux, de l’aménagement de la nursery, du petit dernier qui tarde à marcher. Ce qu’elle se demande, c’est où sont passées les jeunes filles ce soir-là, où ont disparu leurs rêves. Comment peut-on changer à ce point et continuer de répondre du même nom.»

Emily nous apparait indépendante, sûre d’elle n’ayant besoin de personne pour vivre. Pas de mariage pour elle ni pour sa sœur d’ailleurs. Elle ne va pas à la messe non plus. Je n’ose pas imaginer les médisances qui se disaient à son égard. Mais j’ai l’impression que ça ne l’affectait pas, bien trop occupée à écrire et à vivre sa vie comme elle l’entendait. C’est admirable et inspirant. Plusieurs trouveront que sa vie devait être d’un ennui mortel, mais je suis convaincue du contraire. Ce n’est pas tout le monde qui a besoin d’être constamment entouré. Son monde imaginaire lui suffisait.

Je me suis reconnue dans le monde d’Emily, surtout sa personnalité plus solitaire, son côté introverti, contemplatif, son amour de la nature, des mots et de l’écriture.

Un jour, je passerai peut-être voir la chambre d’Emily à Amherst. En attendant, je me délecterai de ses poèmes et relirai des passages du livre Les villes de papier.

Dominique Fortier a remporté le prix Renaudot pour son livre Les villes de papier.